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Coups de coeur BD : Laïka

lundi 7 octobre 2013, par Odile Cognard

Bande dessinée.
Public : meilleurs lecteurs en collège, LP, lycée.

Abadzis, Nick, Sycamore, Hilary. Laïka. Dargaud, 2009. 1 vol. (201 p.). 18 €. 978-2-205-06191-8.

L’Histoire la connaît sous le nom de Laïka, « l’aboyeuse », mais ceux qui l’aimaient l’appelaient Koudriavka, « petite frisette », parce qu’elle avait une queue en tire-bouchon. Laïka a été un enjeu de la Guerre Froide : elle est le premier être vivant à avoir été envoyé dans l’espace. Au milieu du 20e siècle, Russes et Américains s’affrontent sur tous les terrains, et la course à l’espace est un territoire privilégié à forte portée symbolique. Le 4 octobre 1957, l’équipe de l’Ingénieur en chef Sergueï Pavlovitch Korolev met en orbite le premier satellite artificiel, bientôt nommé Spoutnik I. Ce succès donne des ambitions à Krouchtchev, qui missionne Korolev pour l’envoi d’un deuxième satellite, habité cette fois, pour le 40e anniversaire de la Révolution, le 7 novembre 1957. Soit un mois plus tard. Un mois seulement pour effectuer les nombreux calculs, pour fabriquer le matériel, et surtout pour sélectionner et entraîner les chiens qui seront préparés pour le vol. Dans le système socialiste, de tels ordres, quoi que déraisonnables, ont une chance d’aboutir : les individus ne sont pas censés manifester d’attitude « imprévisible ». Et Korolev encore moins qu’un autre, lui qui fut condamné au Goulag sous Staline et qui, en quelque sorte, est encore en sursis. Alors, la machine se met en marche, et chacun fait ce qu’il a à faire pour servir au mieux son pays. Parmi eux, la camarade Yelena Alexandrovna Doubrovski, assistante pour l’entraînement des chiens. Douée d’un sens inné de la communication avec ses pensionnaires, Yelena est chargée de les nourrir et de les suivre dans leur préparation. L’entraînement est intensif : centrifugeuse, vol parabolique, nourriture par gel et acclimatation à des espaces réduits. Laïka, qui fut abandonnée par un maître qui ne voulait pas d’elle, s’entend parfaitement bien avec Yelena. Est-ce pour cette raison qu’elle accepte sans broncher toutes les contraintes de cette vie confinée ? Elle est parfaite : c’est donc elle qui sera choisie pour prendre place à bord du vol tant attendu. Ce que les soigneurs ignorent encore, c’est que les délais impartis pour la préparation du vol étant trop courts, l’équipe n’a pas prévu le retour du satellite sur Terre. Mais dans l’URSS socialiste et dans ce type de missions ultra secrètes, on ne conteste pas les ordres. Yelena et les autres vont donc se préparer à envoyer Laïka vers une mort en orbite.

Ce récit dense éclaire l’événement historique d’une lumière différente, et fait de Laïka une figure touchante, même si on n’est pas particulièrement ému par les chiens. On peut regretter un format un peu petit (certaines bulles sont remplies de caractères minuscules) et un univers visuel un peu strict (peut-être un choix graphique pour rendre compte d’un contexte qui l’était lui-même ?), mais l’intérêt documentaire est évident. On suit avec émotion le travail de ces hommes poussés par une ambition, mais aussi ce qu’on devine de leurs motivations, de leurs obligations et la complexité de leurs relations au sein d’une société très codifiée. La relation entre l’homme et l’animal est montrée avec justesse et intelligence. Cet album, un peu difficile d’accès, remet en mémoire et en perspective une époque qui est au programme d’histoire. Il le fait avec émotion, ce qui est une grande qualité.

Coup de coeur de Caroline Vernay, professeure documentaliste au collège de Brienon-sur Armançon jusqu’en 2010, C. Vernay exerce au collège Saint-Exupéry de Saint-Jean-de-Braye (45).

Juin 2010