Accueil->Faire lire->BD

Les coups de coeur de Caroline Vernay

Octobre 2009

Caroline Vernay

Lavachery, Thomas, Gilbert, Thomas. Bjorn le Morphir. Casterman, Ecole des Loisirs, 2009. 13 ¤. 978-2-203-00740-6.

Bientôt la notice à télécharger

Voici l'adaptation en bande dessinée d'un roman que j'avais apprécié, paru à l'Ecole des Loisirs en 2004. Pas de risque de trahison dans cette entreprise-là, le scénariste de l'album étant l'auteur du roman lui-même.

Cette histoire se passe au Fizzland, dans une vallée verdoyante appelée Renga, et gouvernée par le roi Harald, le plus puissant des Vikings. Dans la plus belle maison de la région est retranchée la famille de Bjorn : son père Erik, sa mère, sa s½ur, une jeune fille nommée Sigrid, Drünn le berger, Hari le vieux pêcheur, la vieille Maga, et Dizir le demi troll. Certaines années comme celle-ci, le diable entre dans la neige, et elle tourmente les humains jusqu'à ce qu'ils rendent l'âme. Alors, il faut se retrancher dans la maison, calfeutrer toutes les ouvertures, et compter sur ses provisions pour tenir jusqu'à ce qu'elle se lasse, jusqu'à la fin de l'hiver. Les mois passent et l'espoir s'amenuise. D'autant que les attaques de la neige sont féroces : elle pénètre par la cheminée pour glacer Maga d'effroi, elle fait s'effondrer une partie du toit et tourmente sans relâche la famille réfugiée dans la maison. Pendant ce temps, Bjorn grandit et s'interroge : il n'a jamais été une force de la nature, toute activité physique est pour lui un clavaire, et il n'a pas l'âme d'un combattant. Pourtant, des changements s'opèrent en lui. Il est appelé à devenir Morphir : « un être faible et débile qui devient le grand héros de son temps. » Comme Snorri, fils de Kar, doux et paisible, qu'un affront de son voisin Arn transforma en guerrier assoiffé de sang. Le petit Bjorn, qui a du mal à soulever une dague, est destiné à devenir un redoutable combattant. Mais pour l'heure, dans le huis clos de la maison assiégée par la neige, il compte les jours en attendant la fin de l'hiver.

Thomas Gilbert rend tout à fait justice à l'univers tramé par Thomas Lavachery, celui des terribles Vikings, où même les éléments naturels sont rudes. Il trace un dessin clair et précis, qui n'hésite pas à faire couler le sang lorsque les épées sont tirées, tout en se permettant des incursions dans le champ du merveilleux, des ruptures de rythme, et un certain humour dans le trait qui ajoute à celui du roman. Le tout servi par une mise en couleurs franche. Y aura-t-il une adaptation des autres tomes des aventures de Bjorn ? Les auteurs y réfléchissent. En attendant, voilà une belle aventure, tissée de frissons et de merveilleux, à faire découvrir aux collégiens qui n'auraient pas lu le roman comme à ceux qui l'avaient aimé. Les lycéens devraient apprécier aussi à mon avis.


Cazenove, William. Les Sisters. Bamboo.

1. Un air de famille, 2008. 9,50 ¤. 978-2-35078-495-3.
2. A la mode de chez nous, 2008. 9,50 ¤. 978-2-35078-549-3.
3. C'est elle qu'a commencé, 2009. 9,50 ¤. 978-2-35078-656-8.

Bientôt la notice à télécharger

L'illustration de couverture du premier tome de la série le montre fort bien : les Sisters (les s½urs), ce sont deux personnes qui se ressemblent - un peu, s'adorent et se crêpent le chignon. Rien de très original en soi, tous ceux qui ont grandi dans une fratrie peuvent en témoigner. Mais Wendy, la grande, brune aux cheveux raides, et Marine, la petite, blonde aux cheveux bouclés, illustrent cette histoire presque aussi vieille que le monde avec une fraîcheur et une présence comique qui emportent l'adhésion. Qu'elles se chipotent autour d'une trousse de maquillage ou d'un journal intime, qu'elles s'associent pour obtenir de leurs parents une sortie shopping, elles sont à la fois assez vraies pour qu'on y croie et assez fantaisistes pour qu'on ait envie de les suivre. Pas dans de trépidantes aventures au demeurant, seulement le long de leur quotidien adolescent et pré-adolescent, avec ses petites aventures. Wendy est amoureuse : elle redécore sa chambre avec des posters bizarres, elle ne veut plus jouer à la poupée, ni à la coiffeuse, elle se change toutes les cinq minutes. Wendy demande à sa s½ur d'occire pour elle une araignée qui a innocemment installé ses quartiers au dessus de son lit : Marine file au jardin chercher un ustensile pour atteindre la bestiole, ramenant au passage une brassée de feuilles mortes, de limaces et de chenilles à parsemer sur le lit de sa s½ur. Les deux s½urs adorent le hip-hop, font des photos de mode, se disputent au moindre propos. rien que de très normal en somme. Mais c'est raconté avec humour et légèreté, d'un trait tendre et soigné, dans un univers coloré.

Voici donc une série sans prétention mais qui enchaîne en deux planches les gags qui sonnent juste. Des albums miroirs pour nos ados et pré-ados, à proposer sans hésitation dès la fin de l'école primaire et au collège. Pour les filles bien entendu, mais qui sait si un garçon désoeuvré n'y jettera pas un ½il l'air de rien ?


Bonet, Enrique, Munuera, Jose Luis. Le signe de la Lune. Dargaud, 2009. (Long Courrier). 15,50 ¤. 978-2-205-06265-6.

Bientôt la notice à télécharger

Il est déjà tard, le vent s'est levé. Sur le seuil d'une maison solitaire, une vieille femme regarde la lune monter dans le ciel, convoquant les souvenirs d'une vieille histoire. C'était il y a longtemps, au même endroit, à Aldea. Dans ce village oublié au milieu des bois, où la vie se mérite chaque jour en arrachant à la terre sa subsistance. La première partie du récit s'intéresse aux enfants : Brindille, qu'on regarde avec méfiance car il parle avec les animaux de la forêt, Rufo, le chef de bande qui terrorise les petits par désoeuvrement et pour se venger d'une enfance ravagée par un père maltraitant, Artémis, la belle sauvage pour qui rien ne compte hormis son petit frère et la lune. Entre ces quatre-là, un drame va se nouer qui clôt la première période du récit. Un drame qui continue de les hanter bien des années plus tard, alors que Rufo est devenu le seigneur brutal d'Aldea, que Brindille s'est retiré dans la forêt et qu'Artémis vit recluse dans sa maison. C'est la veille du bal. A l'occasion du premier anniversaire de son règne, Rufo a décidé d'étourdir les villageois pour leur faire oublier la misère à laquelle ses multiples impôts les réduisent. C'est compter sans Merveilles, le magicien errant, revenu de très loin pour l'amour d'une femme. Celui qui remet les choses en ordre, celui qui permet l'impossible.

Ce récit crépusculaire mêle à la réalité brute d'une vie de misère de multiples incises oniriques : le petit frère d'Artémis voit des monstres dans la forêt, tandis qu'elle-même rêve chaque nuit d'un petit garçon prisonnier qui l'appelle du fond de l'eau. Le récit se noue autour d'événements tangibles, et pourtant Merveilles le magicien sait la formule de l'immortalité. Tout cela s'emboîte parfaitement, éveillant des ambiances médiévales aussi bien que des images de littérature latino-américaine, ou la référence fugace au joueur de flûte de Hamelin. Dans une riche palette de gris, de noir et de blanc, avec un trait affirmé alternant vignettes et grandes planches qui sont parfois presque des tableaux, l'alchimie opère pour livrer un récit onirique aux multiples échos.

Une ½uvre complète et originale, à proposer sans hésitation au lycée, et à glisser pourquoi pas aux collègues de français dans un corpus de nouvelles fantastiques (quoi qu'à mon avis d'un niveau trop élevé pour des collégiens).

Mise en ligne 2 novembre 2009

Valid XHTML 1.0 Strict