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Les coups de coeur de Caroline Vernay

Juin 2009

Caroline Vernay

Prugne, Patrick, Oger, Tiburce. Canoe Bay.Galerie Daniel Maghen, 2009. 16,50 ¤. 978-2-35674009-0.

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Au milieu du XVIIIe siècle, les relations entre pays européens sont tendues. Elles dégénèrent en 1756 avec la guerre de Sept ans, qui s'étend aux colonies. La Nouvelle-Angleterre et la Nouvelle-France, colonies d'Amérique, n'échappent pas au conflit, et les affrontements entre troupes britanniques et françaises sont nombreux, avec alliances et oppositions aux tribus indiennes. Le petit Jack, orphelin d'une Irlandaise et d'un Français à l'âge de trois jours, est enrôlé comme mousse dans la marine marchande britannique. Il y rencontre son ami Andrew, orphelin comme lui, puis John Place, déserteur et mutin qui se fait appeler Lucky Roberts. C'est le début d'une longue errance, Lucky Roberts ayant détourné un navire chargé d'esclaves pour le libérer, moyennant la mise en fuite des officiers et la prise en otage d'Angela, la fille du commandant Princelton. Emporté par son enthousiasme, il entraîne les anciens esclaves et les marins sur les îles de la Caraïbe, pour refonder la confrérie des frères de la Côte. Pas pour longtemps : les anglais sont à leurs trousses. Il décide d'appareiller pour la Nouvelle France, histoire de fuir les Anglais et de se refaire une santé en vendant aux Français les armes et les munitions du bateau détourné. Mais la peste soit des Français ! Ils prennent le bateau et tout son armement, et retiennent les marins prisonniers, menaçant de les faire pendre pour piraterie. Au cours du voyage qui les emmène à travers le Canada vers Fort Carillon, John Place découvre que Jack est le fils d'Anne Bonny, l'une des deux maîtresses du célèbre Jack Rackham, qui lui a laissé dans un médaillon ce qui ressemble à une carte au trésor. « A l'ouest des eaux du Lac Supérieur, au lieu du « Grand Portage », au nom de l'amitié de diable et de sang qui me lie à mon fidèle ami, Baptiste Cannelle, des dix-huit tonneaux d'or, la moitié vous revient ». Après s'être éclipsés à la faveur d'une attaque indienne, la petite troupe fait route vers Canoe Bay, en tâchant d'oublier qu'elle ne connaît pas l'emplacement de l'hypothétique trésor, et qu'elle est toujours poursuivie par Sir Princelton, à la recherche de sa fille.

Ce volume épais a plusieurs qualités. C'est tout d'abord une belle aventure au parfum de piraterie dans les colonies du Nouveau monde. On y approche, de loin d'abord, et prudemment, les peuples indiens qui luttent pour leur liberté. C'est ensuite un voyage visuel étonnant à travers les aquarelles de Patrick Prugne, qui sont visibles à la galerie Maghen, éditeur du livre (47 quai des Grands Augustins, Paris 6e). La nature, surtout, y palpite avec sensibilité. Les paysages d'automne sur les Grands Lacs, le ciel d'été de la Caraïbe, les ombres subtiles sur le visage des indiens Shawnee, tout a la légèreté et la fluidité que seule rend possible l'aquarelle (« ou l'expression même qu'un dessin n'est jamais terminé », d'après Patrick Prugne). Les personnages aussi sont attachants, surtout le bonhomme John Place, grosses moustaches, joues rebondies et regard de broussailles.

Voilà une bonne bande dessinée historique, portée par une histoire solide et par un dessin très réussi, à conseiller dès le collège, au LP et au lycée.


Guibert, Emmanuel, Boutavant, Marc. Ariol, 4. Une jolie vache.Bayard BD, 2008. 9,90 ¤. 978-2-7470-2621-5.

1. Un petit âne comme vous et moi
2. Le Chevalier Cheval
3. Copain comme cochon

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Ariol est un petit âne mignon avec de grosses lunettes qui lui mangent le visage. Il poursuit ses toutes petites aventures dans J'aime Lire et chez Bayard BD depuis quatre albums, sous la forme d'historiettes sages de dix pages et quatre cases bien rangées par page. Avec tous ses copains (Romano le cochon, Kwax le canard, Tiburge le chat.) de la classe de M. Le Blount, il s'inquiète de la grippe aviaire, explore les moyens d'arriver en retard en classe pour le contrôle sur les divisions, fait une photo de classe (voilà qui appelle des souvenirs du Petit Nicolas.), joue au foot. A la maison aussi, les menues aventures s'enchaînent : c'est Tonton Pétro qui vient manger avec sa grosse voiture et ses démonstrations de force centrifuge à base de bol de pistaches, c'est maman qui retrouve son vieux mange-disque et les 45 tours de sa jeunesse. Et puis, Ariol est amoureux de Pétula, la jolie petite vache qui est dans sa classe. Alors il cherche comment lui faire des compliments. Ça n'est pas facile de parler aux filles. C'est Jopi, le fils du gardien de leur immeuble, qui lui souffle une idée : « fais un chouette tag où tu mélanges vos initiales. Après, tu lui montreras. C'est une façon de lui faire comprendre que tu l'aimes. Tu vas voir, ça marche ». C'est simple, on tague un P pour Pétula et un A pour Ariol. C'est drôlement beau et ça marche à coup sûr. Enfin, sauf quand pour s'entraîner on tague une deuxième fois à côté, et qu'on finit par écrire « PaPa » !

Ariol s'adresse aux jeunes lecteurs, en primaire et au début du collège, il fait partie de ces lectures qui permettent aux 6e de retrouver chez nous une partie de leur univers d'avant. Coloré, proche de la vie quotidienne des enfants, drôle et tendre, c'est une valeur sûre pour les CDI de collège. Et vous, vous n'avez pas envie de savoir si Ariol va finir par obtenir son Hippode avec les points de la station-service Toto ?


Blanchin, Matthieu, Perrissin, Christian. Martha Jane Cannary : les années 1852-1869. Futuropolis, 2008. 22 ¤. 978-2-7548-0058-7.

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De Calamity Jane, on ne connaît en général que la réputation, parfois le vrai nom : Martha Jane Cannary. Cet album volumineux s'attache à nous faire découvrir la (vraie ?) vie de cette femme singulière entrée dans la légende de l'Ouest américain. Le premier tome est consacré aux années de jeunesse, de 1852 à 1869, jusqu'à ce que Martha Jane devienne Calamity Jane. Le récit s'appuie sur trois ouvrages, dont un consacré aux lettres que Martha Jane a écrites à sa fille. Il est donc pour partie imaginé à partir de ce que l'on sait de la réalité de l'époque. On découvre une petite fille née dans une famille de paysans pauvres du Missouri, aînée de six enfants qu'elle contribue très tôt à élever, fréquentant peu l'école. Un événement fondateur de la vie de Martha Jane est le départ de sa famille vers l'Ouest, comme tant d'autres paysans pauvres à l'époque. Le voyage est éprouvant, et la traversée des Rocheuses est fatale à la mère de Martha Jane, qui meurt en route. Son mari la suivra un an après, laissant les cinq petits à la charge de leur aînée. La vie est rude à Salt Lake City, et elle ne trouve pas toujours de quoi nourrir sa fratrie. Elle se bat en silence, jusqu'au jour où un Mormon (polygame) désireux de rajeunir son quotidien, lui propose le mariage. Ce serait une façon de sortir toute la famille de la misère, en respectant la promesse faite à son père de prendre soin des petits. Mais Marthe Jane n'est pas de celles qu'on enferme, alors elle coupe ses cheveux, s'habille en garçon et reprend la route en jurant de revenir riche. Elle remonte le chemin qui les a menés à Salt Lake City, manque de mourir dans les Rocheuses, est recueillie par un vieux brigand qui abuse d'elle, se sauve encore et trouve du travail à Fort Laramie, garnison de soldats protégeant l'avancée du chemin de fer en terres indiennes. Toujours en mouvement, Martha Jane n'a peur de rien ni de personne, mais sa jeunesse lui fait commettre maintes imprudences qui lui vaudront, c'est du moins ce que dit la légende, son surnom de « Calamity » reflétant aussi la méfiance qu'inspire son incapacité à se soumettre aux interdits.

Cette somme en noir et blanc (ou plutôt en gris et blanc) se lit comme un roman d'aventure qui dégage de loin en loin de fugitifs moments d'émotion profonde. Le dessin, aux allures parfois griffonnées, prend en d'autres endroits des airs de fresque, tandis que le personnage gagne en consistance. A travers la vie de Calamity Jane, se dessine aussi l'histoire de la conquête de l'Ouest américain. Voici donc une aventure passionnante, qui a reçu un Prix Essentiels du festival d'Angoulême 2009, à proposer dans les CDI de LP et lycée.

Mise en ligne 16 septembre 2009

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