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Les coups de coeur de Caroline Bernay

janvier 2009

Caroline Vernay

Ricard, Sylvain, CV7, Yuio. Frères de la côte. L'héritière de Mindanao. Glénat, 2007. (Caravelle. Migration). 12,50 ¤. 978-2-87444-029-8.

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Ischam et Abel sont deux pirates ratés qui rêvent au coup splendide qui fera d'eux les plus grands écumeurs de la mer de Chine. Ça n'en prend pas le chemin : tout ce qu'ils ont réussi à faire pour le moment, c'est à se crever un ½il en tentant d'ouvrir une cassette au pied de biche, et à se faire mettre aux fers après un abordage raté (« tu pourrais faire attention. Un jour, tu vas tuer quelqu'un ! » « Je te dis que je n'ai pas fait exprès ! ») Les voilà donc à fond de cale (« y'a pas meilleur endroit pour faire l'inventaire des marchandises à voler ! »), quand une servante leur met un marché en mains : elle dénoue leurs liens s'ils l'aident à s'échapper avec sa maîtresse, la jeune Pénélope de Saint-Sylla. La douce jeune fille est en effet retenue sur le bateau qui l'emmène au gouverneur des Philippines, vieux barbon à qui le père de Pénélope, gros armateur et trafiquant d'opium, a promis la main de sa fille en échange de son indulgence quant aux marchandises transportées par ses bateaux. Il va sans dire que le mariage n'est pas du goût de la promise.

Les deux bras cassés acceptent avec joie d'organiser l'évasion de la belle. Sans savoir que leur ennemi et rival, le pirate Zhonglu, ainsi que les hommes du gouverneur, se sont lancés illico sur leurs traces. Les premiers parce qu'on ne peut décemment pas laisser des amateurs cochonner le boulot, surtout quand il y a un joli magot à la clé. Les autres parce que le gouverneur attend sa promise, quand même. Et qui seront les dindons de la farce, à votre avis ?

Cette réjouissante et rocambolesque aventure des mers enchaîne les gags : les pirates qui prennent la mer en oubliant la poudre à canon sur le quai (il reste de quoi tirer deux boulets), les hommes du gouverneur qui se préparent à l'abordage, tous très concentrés tandis qu'Ischam et Abel sont en train de délester le navire de toute sa cargaison par l'arrière. Le graphisme, très coloré et d'esprit cartoon, renforce le rythme de l'histoire (voir par exemple les scènes de bagarre, comiques). Quelques faiblesses deci delà - fautes de syntaxe par exemple- ne diminuent pas la qualité d'ensemble d'un album qui plaira aux amateurs de pirates et de loufoquerie, en collège (peut être lu aussi au LP et lycée, bien entendu).


Bouzard. The autobiography of a mitroll. 1, Mum is dead. Dargaud, 2008. (Poisson pilote). 10,40 ¤. 978-2-205-06033-1

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Guillaume Bouzard est dessinateur de BD, et il entame son autobiographie. A vrai dire, son histoire commence avec la mort de sa mère, comme le titre l'indique. Au chevet de la malade, il tente de se concentrer sur ce qu'elle a à lui dire, mais son esprit vagabonde. Il a tort, car elle lui parle de ses origines, qu'elle n'a jamais pu se résoudre à lui avouer jusqu'alors : son père était un Troll. « Elle a poussé un soupir d'enfant qui arrête de pleurer. Et je me suis souvenu qu'il fallait que je passe le contrôle technique de la voiture en août ou septembre, je ne sais plus trop. »

A partir de là, esprits rationnels, passez votre chemin ! Ébranlé par cette révélation, notre héros fait quelques recherches sur internet (tu te souviens l'autre fois quand nous sommes allés en forêt, j'avais trouvé toutes ces trompettes de la mort ? Eh bien on dit là que « le mitroll fera montre d'une capacité hors de commun à s'adapter en milieu forestier »). Il va voir son meilleur ami, David, depuis toujours passionné par la génétique, à qui il demande d'ausculter son ADN, et puis, tiens, une couronne mortuaire d'un genre un peu spécial retrouvée sur la tombe de sa mère. Les résultats se font attendre parce que l'ADN de Guillaume présente un tas d'incohérences que David est incapable d'expliquer. La certitude se fait néanmoins : dans les veines de Guillaume coule du sang de troll. Alors il décide d'aller à la rencontre de son père, en Bretagne, parce que c'était de là que venait manifestement la couronne analysée, et à pied, parce que pour rencontrer un père troll, c'est mieux d'aller à pied (« en voiture, ça fait un peu trop l'américain qui débarque ! Mais si ça se trouve, ils s'en foutent ! ») Pour ce voyage inopiné, et sur les conseils de sa compagne, il se fait accompagner par Flopi, son chien, olibrius à casquette qui dort dans sa brouette, râle consciencieusement et devise avec volubilité tout au long du chemin.

Vous voilà prévenus, nous ne sommes pas dans le strict cadre de la normalité la plus convenue. Mais rien n'est affirmé, de la même façon que rien n'est impossible, alors ça passe très bien. D'autant plus que les tribulations de notre héros au nez en patate (qui n'a pas, c'est le moins qu'on puisse dire, le physique d'un troll) sont émaillées de mille considérations comiques. Nous laissons Guillaume et Flopi au seuil de la forêt de Brocéliande, impatients de savoir ce qui les attend ! (Il faudra patienter jusqu'à la sortie du deuxième tome). Des aventures loufoques et sérieuses, pour tous dès le collège (4e-3e), au lycée et au LP.


Lévy, Didier, Meurisse, Catherine. Elza. Sarbacane. 1. Dans la cour des grandes, 2007. 12 ¤. 978-2-84865-155-2. 2. C'est encore loin l'amour, 2008. 12 ¤. 978-2-84865-214-6.

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Agrippine a une petite s½ur ! Après les troubles et les émois des ados vus par Brétécher, voici les palpitantes aventures du quotidien des préados vues par Lévy et Meurisse. Elza, brunette au pull rayé rouge et à la boucle d'oreille en fleur, se verrait bien grande, et surtout avec de la poitrine. Mais elle a beau reprendre de la soupe, ses seins ne poussent pas. Elle se lamente : « toutes mes copines changent, elles commencent à avoir des seins, des hanches, les garçons les regardent, et moi je reste une petite fille. Enfin, pas pour toujours. Un matin, je me réveillerai et je serai devenue une vieille dame. De petite fille à vieille dame, en l'espace d'une nuit. Tu parles d'une vie ! » En attendant de se transformer en vieille dame, Elza vit sa vie de préado : les amoureux transis, les garçons que ne savent pas qu'elle existe, les posters de Johnny Depp aux murs de sa chambre, les premiers essais de maquillage, les copines mieux formées et plus informées (« Quand tu embrasses, la langue, tu la fais tourner comment ? » ; « Dans le sens inverse des aiguilles d'une montre. Pour arrêter le temps, y'a pas mieux ! ») Mais patience, tout arrive ! - même si ça doit dérouter les fidèles, dont Robert-Louis qui est sûr qu'Elza aurait été beaucoup moins sympa si elle avait été plus jolie.

Petit album au format original, qui enchaîne les strips sur trois cases ou déroule une page de texte face à un dessin, à mi-chemin entre l'album et la bande dessinée, ce recueil de petites aventures recèle quelques perles : « on parle toujours de fausses blondes et jamais de fausses brunes. Fausse brune, pourtant, c'est classe ! » « Dommage que je sois déjà brune ! » Le trait est simple, comme les couleurs - noir et blanc sur lequel se détache le rouge du pull d'Elza ou les pommettes des personnages gênés. Tout comme les historiettes, pleines d'efficacité, qui nous racontent la vie d'Elza.

Une série facile d'accès, plutôt bien vue et de bonne facture, pour les collégiens.

Mise en ligne 9 mars 2009

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