Valentine a quatorze ans. Elle rentre en 3e et heureusement, dans sa classe, il y a aussi la petite Julie, Emilie la délurée et Yamina. Heureusement, parce qu'entre Pierre et Sophie, les délégués BCBG, ce n'est pas tous les jours la fête au collège. Valentine, c'est celle qui ne parle pas. Elle a des talents (cinq ans de gym en club, une loyauté à toute épreuve pour soutenir les copines dans les mauvais plans), quelques rêves, une frange qui lui tombe sur les yeux et une mère qui l'élève seule. Surtout, elle est amoureuse du beau Félix. Mais personne n'en sait rien, Valentine aurait bien trop honte de l'avouer. D'ailleurs, pour qu'elle le dise, il faudrait d'abord qu'elle ouvre la bouche, et ça, ça n'est pas fréquent.
D'évaluations de gym en interros de maths, de fête d'anniversaire en réunions parents professeurs, une année scolaire s'écoule. Emilie collectionne les aventures avec de sombres abrutis, Julie abuse du whisky-coca au cours d'une soirée, Valentine est punie pour avoir fait le mur avec ses copines, Julie-qui-n'est-jamais-sortie-avec-un-garçon tombe amoureuse du copain de primaire de Valentine. Rien d'extraordinaire ne se passe dans ce manga à hauteur d'ado, où toute une vie de fille est montrée au jour le jour. Et Valentine continue de rêver au beau Félix, à tout ce qu'elle dira ou fera la prochaine fois, c'est sûr, quand elle le croisera. L'année s'écoule, et ce premier tome se termine sur une nouvelle rentrée, devant un nouveau tableau d'affichage, celui des classes du lycée.
Vanyda donne à voir et à sentir, en utilisant les codes graphiques du manga, les espoirs et les atermoiements de cette longue période de latence que traversent les adolescents. Qui sait ce que cachent la frange et l'air buté de Valentine ? Même pas elle, sans doute. Cependant les titres des deux tomes à venir laissent à penser que la mue aura bien lieu. Si vous êtes en quête de manga pour les filles, d'" album-miroir " (comme on dit un " roman-miroir ") pour votre fonds, allez-y sans hésiter même si le prix de l'ouvrage n'est pas celui d'un manga. Il y a fort à parier que vos collégiennes adoreront cette chronique de leur vie quotidienne au dessin de bonne facture et aux personnages vivants. Pas de quoi révolutionner le monde de la bande dessinée, juste de quoi leur faire plaisir, et ça me semble essentiel. Et n'hésitez pas à la glisser aussi dans les bacs au LP et au lycée, le collège n'est pas si loin.
Amateurs de Calvin, Cédric et autres Petit Nicolas, voici un nouveau garnement à glisser dans votre bédéthèque ! Pico Bogues a une tignasse rebelle, une petite s½ur indescriptible, une maman au foyer et une vie rangée d'écolier. Cet album nous fait partager, par planches ou par strips, son quotidien volubile et raisonneur. Pas de grande aventure, juste les scènes ordinaires de la vie à l'école, à la maison, avec les copains ou les grands-parents. L'essentiel, et le plus savoureux de l'album, d'ailleurs, se joue dans les gestes, les postures et les situations, plus que dans les dialogues. Tout l'art des créateurs de Pico est dans la maîtrise du comique visuel. Comme dans cette demi planche où de toutes petites vignettes vivement alternées montrent Pico à la table du petit-déjeuner, avec son père qui tente sans un mot et avec obstination de dompter les cheveux de son fils tombé du lit. Lequel finit par craquer - mais après bien des assauts ! : " je vais porter plainte pour harcèlement capillaire ! " Cette efficacité visuelle se retrouve dans la partie de beach volley de Pico et son père, ou dans la planche pleine de vide qui montre Pico à la barre fixe. On jurerait presque du Sempé à certains moments, par l'efficacité visuelle presque schématisée des silhouettes. Pico se hisse sur la barre péniblement, parvient tant bien que mal à y rester accroché jusqu'à ce que le prof d'EPS le pousse pour lui faire faire le tour de la barre, et s'affale enfin sur le tapis, avant de se relever dignement pour faire son plus beau salut. sous le regard noir de l'enseignant. Certains dialogues sont également savoureux, mais ce sont surtout les situations qui sont drôles. A leur mère qui s'assied pour leur raconter " La petite marchande d'allumettes " dans leur bain (" c'est un conte très très triste "), les deux affreux rétorquent : " chouette, on va rire ! " Et de s'effondrer de joie quand leur lectrice fond en larmes, avant de la réconforter à grands coups de bisous mouillés.
L'enfance est impitoyable, et c'est sans doute ce qui plaira à nos jeunes lecteurs. Car, quand on les voit de loin, les enfants des autres sont toujours désopilants. Ceux-ci ne dérogent pas à la règle, et devraient, par leurs sorties inattendues, par leur graphisme un peu fou et leur vivacité, remplir d'aise nos collégiens, et bien au-delà. A glisser sans hésiter dans les bacs du collège, du LP et du lycée !
Après une excellente collaboration avec Etienne Davodeau pour " Un homme est mort " (voir les coups de c½ur de décembre 2006), Kris s'associe avec Vincent Bailly pour raconter un souvenir d'adolescence. Ce récit d'un épisode de sa vie est partiellement romancé, ce qui ne lui retire pas sa singularité.
Les coupures irlandaises dont il est question dans le titre de l'album sont celles que le jeune Christophe, quatorze ans, prélève régulièrement dans le journal paternel pour alimenter une revue de presse permanente sur la situation en Irlande du Nord. Quelques mois plus tôt, en juillet 1987, leurs parents avaient accepté de laisser partir Christophe et son copain Nicolas pour deux mois dans des familles à Belfast. Drôle d'endroit pour des vacances linguistiques. Leur professeur d'anglais avait des contacts là-bas, les deux adolescents avaient rêvé de cette indépendance, de ce dépaysement et des petites irlandaises. Sans bien mesurer l'état exact de la situation du pays. Depuis 1969, les troupes britanniques occupent l'Irlande du Nord ; dix irlandais sont morts dans les prisons anglaises à la suite d'une grève de la faim pour obtenir le statut de prisonnier politique. Les affrontements entre les combattants de l'IRA et les forces britanniques continuent de faire des victimes, sans parler des heurts entre catholiques et protestants.
Quand les deux amis débarquent à Belfast après un voyage de vingt-quatre heures, ils découvrent une ville en état de siège, avec des blindés et des soldats en faction à tous les coins de rues. Hébergés, l'un chez Martha et Henry, dans le quartier catholique du Markets, l'autre chez Mary et Jerry, dans un quartier protestant cossu, les deux garçons ont vite fait de s'adapter à leur nouvelle vie, même s'ils ne sont pas ravis d'être séparés. Qu'importe, ils passent leurs journées ensemble, à partager les joies des échanges linguistiques avec de jeunes protestantes fort à leur goût, ou la vie chaleureuse et chaotique du Markets, où les gens se serrent les coudes dans l'adversité. Il suffirait de pas grand-chose pour que les gens se parlent. L'été se passe plutôt bien pour les deux adolescents, venus chercher le dépaysement et qui représentent eux-mêmes pour les irlandais une curiosité, un air de liberté et de modernité. Jusqu'à ce qu'un incident dégénère et marque à jamais les jeunes adultes que ce séjour a formés. La fin de l'histoire est romancée et ne s'est pas déroulée ainsi dans les faits, pourtant l'expérience a été suffisamment forte pour imprimer définitivement sa marque dans la mémoire de l'auteur, comme en témoigne cette phrase de conclusion : " L'Irlande du Nord m'est longtemps restée à l'intérieur, comme une boule. Mais une boule qui aurait explosé, qui se serait éparpillée. Un puzzle difficile à reconstruire, comme ces coupures de presse qui disent tout et son contraire ".
Pour mieux comprendre la situation, un dossier complète l'album, avec le témoignage de l'auteur, de journalistes et d'universitaires. Un récit étonnant, qui éclaire une part de l'histoire du 20e siècle certainement mal connue de nos élèves, servi par un dessin efficace, voilà autant de bonnes raisons de proposer cet album aux lycéens (LP et lycée), ainsi, pourquoi pas, qu'à leurs professeurs d'anglais.
Mise en ligne 29 juin 2008
Mise à jour 9 mars 2009