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Les coups de coeur de Caroline Vernay

Décembre 2007

Caroline Vernay

Henri Dès, chansons en BD. Delcourt, 2007. 10,50 ¤. 978-2-7560-1059-5.

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Nouvel album pour une collection qui a déjà accueilli Renaud, J.J. Goldman et F. Cabrel, cet " Henri Dès " vise un large public, des enfants qui découvrent le chanteur moustachu à leurs grands-parents qui achetaient déjà ses cassettes il y a vingt-cinq ans pour égayer les trajets familiaux en voiture. Un brin de nostalgie donc, et beaucoup d'humour dans ces planches au long desquelles douze chansons sont illustrées. Pas des moindres (ni les chansons, ni les illustrateurs !) On retrouve pour chaque titre le texte intégral de la chanson suivi de trois planches d'illustrations, reprenant plus ou moins fidèlement le texte et le thème. Il y a nos " classiques ", comme " Le petit zinzin ", ou comment expliquer la vie aux enfants : 

" C'est le p'tit zinzin qui passe par ici, 
Et qui va toucher le p'tit machin 
Et le p'tit machin qui repasse par là 
Et qui fait marcher le p'tit zinzi. " 
" Ah bon ? " 

Ou comme " Le drôle de p'tit jus ", qui narre les effronteries d'un oiseau malpoli et toutes les conséquences fâcheuses qu'elles entraînent. Certains des auteurs racontent en images les belles histoires d'Henri Dès, d'autres prennent des libertés avec le contenu initial. Belles histoires, belle liberté, envolées émouvantes comme celle qu'ont brodé Malika Fouchier et Le Gohan autour de la " Marguerite ". La rengaine est toute simple : 

" Je t'apporte maman 
Une petite fleur des champs 
C'est pas une rose
C'est pas grand-chose 
Une marguerite 
Toute petite " 

L'histoire de l'orphelin devenu écrivain qui apporte sa gratitude à la s½ur qui l'a élevé s'emboîte avec évidence dans cette toute petite chanson. 

Certes, l'album plaira d'autant plus à ceux qui ont gardé dans les replis de leur mémoire des airs fredonnés enfants. Mais la variété induite pas des auteurs de styles différents, la qualité des adaptations et le monde coloré d'Henri Dès adressent cette BD à tous les enfants et à ceux qui n'ont pas oublié leur enfance. Et si vous n'êtes pas convaincus, jetez un ½il à la préface dessinée de Zep. On y voit un tonton médusé échanger toute sa collection des Rolling Stones contre tout Henri Dès après avoir accompagné un jeune fan au concert de la star. Après ça, conseillez la saine lecture de cet album à nos collégiens. 


Marazano, Richard, Ponzio, Jean-Michel. Le complexe du chimpanzé, 1. Paradoxe. Dargaud, 2007. 13 ¤. 978-2-205-05903-8.

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Hélène travaille pour la NASA, elle est la meilleure astronaute américaine. Nous sommes en 2035, et l' Agence met la dernière main à ses missions martiennes. Hélène sera du voyage, malgré la peine de sa fille Sofia, qu'elle doit délaisser quand elle part en mission. Elle en a toujours rêvé, elle a travaillé dur pour voir l'aboutissement de ce projet. 

Mais ce matin de février, le cours de l'histoire bascule quand l'armée américaine récupère au milieu de l'océan indien un module rouillé d'où sont extraits deux astronautes éberlués. La NASA appelée à la rescousse envoie ses meilleurs éléments, Hélène et Robert, pour interroger les deux hommes qui disent être Neil Armstrong et Buzz Aldrin. Les deux infortunés souffriraient-ils du " complexe du chimpanzé " ? Ce phénomène a été observé chez des singes ayant servi de cobayes pour des vols spatiaux, qui étaient suffisamment intelligents pour comprendre qu'ils étaient les sujets d'une expérience qu'ils ne maîtrisaient pas. Le stress causé par cette tension entre leur capacité à comprendre et leur incapacité à agir les rendait fous. Interrogatoires, tests ADN, vérification des numéros de série de toutes les pièces du module s'accordent pourtant sur l'impensable : les deux hommes sont bien les deux astronautes qui ont posé le pied sur la Lune en 1969. Stupeur dans les rangs de l'armée autant que dans ceux de la NASA, encore amplifiée quand Armstrong et Aldrin sont retrouvés deux jours plus tard inanimés dans leur cellule, momifiés comme s'ils étaient morts de mort naturelle il y a plus de vingt ans.

 L'affaire remonte au sommet de l'Etat : il faut maintenant envoyer d'urgence une mission sur la Lune, afin de comprendre pourquoi Armstrong et Aldrin sont réapparus 65 ans après leur mission et qui sont les deux astronautes qui à l'époque sont rentrés à leur place. Hélène sera du voyage, promettant à elle-même et à sa fille qu'il s'agit du dernier départ. Mais bien des surprises attendent encore la mission spatiale. 

Ce récit de voyage interstellaire s'ouvre par une fâcheuse (et à mon sens maladroite) préface qui pourrait retenir d'aller plus loin, n'en faites rien ! Tout n'est pas réussi dans ce premier opus de ce qui est annoncé comme une trilogie, les relations entre la mère et la fille tirant un peu trop fort et de façon peu crédible sur la corde sensible, mais l'ensemble est suffisamment intrigant et rythmé pour plaire. L'histoire est bien menée, et le dessin, qu'on dirait travaillé sur photos, contribue à capter l'attention. Une bonne série d'anticipation donc, à proposer aux bons lecteurs de collège, au LP et au lycée.


Corée : la Corée vue par 12 auteurs. Casterman, 2006. (Ecritures). 13 ¤. 2-203-39643-1.

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La collection " Ecritures " de Casterman explore la bande dessinée asiatique. C'est le but revendiqué de cet ouvrage collectif regroupant douze nouvelles graphiques : faire connaître la Corée et la BD coréenne (le manhwa). Le projet est double : d'un côté emmener six auteurs français au " Pays du matin calme " (deux voyages au cours du printemps 2006) en leur demandant de ramener de ce voyage une fiction de leur choix, de l'autre demander à six auteurs coréens une nouvelle qui donne à voir l'âme de leur pays. 

Chaque nouvelle coréenne alterne avec une nouvelle française, toutes s'ouvrant sur un portrait de l'auteur dessiné par un collègue, accompagné d'une courte biographie et de la présentation de son ½uvre. L'impression à première lecture est celle d'une différence de style évidente entre Orient et Occident, différence qui s'estompe un peu au fil des pages, certains auteurs français revendiquant clairement une influence manga. Mais quelle que soit cette influence, le trait coréen paraît tout au long du recueil plus fluide, plus doux, épuré, plus lisse peut-être ; tandis que la BD française fouille les détails, foisonne, bavarde. Côté français, le choc culturel est le trait dominant des intrigues, mis à part pour l' " opération Capitaine Zidane ", singulière variation autour de la Coupe du monde de football où un trio d'auteurs français est spécialement mandaté par Jacques Chirac pour saboter la performance de l'équipe coréenne avant sa rencontre avec la France. Les villes et leur foisonnement, l'élégance des femmes, le raffinement de la cuisine, mais aussi la partition de la Corée sont des thèmes récurrents des nouvelles françaises. Le versant coréen du recueil ouvre des fenêtres sur des pans de cultures peu évoqués par les français : spiritualité, inégalités sociales, place de la femme, sens de la vie et de la mort sont mis en image avec pudeur et délicatesse. L'histoire qui m'a le plus touchée, très belle graphiquement, montre un peintre au travail qui réalise la fresque d'un arbre merveilleusement vivant sur un mur. Tellement vivant que les oiseaux se tuent en essayant de ses poser dans ses branches. le peintre barbouille sa fresque : " il n'y pas plus précieux qu'une vie ". 

L'ouverture sur la Corée peut paraître décousue à cause de la juxtaposition de points de vue éloignés, mais la mise en regard de ces points de vue fait justement l'intérêt de ce recueil, qui ouvre autant de fenêtres sur un pays méconnu. L'esthétique coréenne est d'emblée lisible pour les amateurs de manga, et le panorama est suffisamment diversifié pour soutenir l'intérêt. Cet album constitue une bonne introduction au manhwa, à proposer en LP et en lycée.

Mise en ligne janvier 2008

Mise à jour 29 avril 2009

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