Sillage est un convoi interstellaire qui regroupe des milliers de
vaisseaux (croiseurs d'intervention, frégates de guerre, astronefs amiraux,
bidonefs, navettes de maintenance, pisonnefs, vaisseaux pirates.) A bord de
ces navettes, une multitude de races se côtoient, lancées dans l'espace à la
recherche d'aventure, de richesses, ou de nouvelles planètes à coloniser. Une
seule race est inconnue sur Sillage : les êtres humains. Or, voilà que la
Constituante autorise les Hottards, dirigés par le Madjestoet Heilig, à se
poser sur une planète inconnue. Les vigilants, envoyés en éclaireurs, n'ont
relevé aucune trace de vie intelligente dans la jungle de ce monde vierge.
Heilig procède donc à une colonisation en règle, et entame les premiers
travaux pour rapprocher la planète de son soleil : les Hottards ont besoin pour
vivre d'une température très élevée.
Mais les migreurs, brutes épaisses qui servent de main d'½uvre sur Sillage,
tombent bientôt sur une créature bipède, au demeurant fort jolie, qui utilise
des outils, et même des armes, ce qui manifestement témoigne d'une intelligence.D'ailleurs, les migreurs découvrent rapidement que le repère de
la jeune fille est une navette spatiale en ruine dans laquelle pourrissent
maints robots. Nävis est selon toute vraisemblance la seule survivante d'un
peuple disparu, échoué sur une planète avec laquelle elle vit en bonne
intelligence. Autant de raisons d'alerter la Constituante et de stopper la
colonisation. Cependant Heilig ne l'entend pas de cette oreille, et il est bien
décidé à ne pas laisser échapper ce havre offert à son peuple. Mais c'est
compter sans les ressources de l'humaine créature ! Nävis retournera la
situation au détriment des Hottards, et sera embarquée sur Sillage, d'abord
comme objet d'étude, puis comme individu à part entière, seule représentante
d'une race pleine de mystères, et enfin comme agent au service de la
Constituante.
Comme dans une autre série de SF qui sort de l'ordinaire, (Orbital, voir les
coups de c½ur de juin 2006) les humains sont ici présentés comme une race
inférieure, un objet de curiosité. Certes Nävis est une héroïne, et à ce
titre elle est un personnage positif, mais les autres races d'une part sont
largement aussi avancées du point de vue technologique (si ce n'est plus), et
d'autre part dominent le monde connu. Renversement de situation plutôt
plaisant pour le lecteur humain moyen. La série présente en outre de vraies
qualités graphiques, avec notamment des plans larges à couper le souffle, un
cadrage dynamique et des arrière-plans fouillés. L'univers construit est à la
fois cohérent et attachant, la mise en couleurs est soignée. Ajoutez des
personnages attachants, et vous avez là une très bonne série de science
fiction pour tous, du collège au LP et lycée.
1978, à Yopougon, quartier populaire d'Abidjan. Les filles se trouvent
des génitos (garçons qui ont de l'argent à gaspiller) pour aller gazer
(sortir, danser) dans les fêtes en plein air : ça sent le début des vacances
! Aya et ses copines, Bintou et Adjoua, ont bien l'intention d'en profiter.
Surtout Bintou, d'ailleurs, qui a mis la main sur un génito bien naïf et plein
aux as : Moussa, le fils du grand patron de la Solibra (" La bière de
l'homme fort ! ") Et ça décale au " Ça va chauffer " ou au
" Secouez-vous " : les soirées sont bien occupées pour Adjoua et
Bintou. Pas pour Aya, qui se fiche pas mal des génitos, qui veut être médecin
et qui refuse de finir en " séries C " : " coiffure, couture, et
chasse au mari ". Mais les copines se moquent bien des idées trop
sérieuses d'Aya, et préfèrent fréquenter " l'hôtel aux mille étoiles
" : la place du marché dont les tables accueillent les amoureux la nuit.
Et quand un garçon se met à pérorer (" oh ma belle Adjoua ta peau est
douce comme la peau d'une mangue "), la belle a vite fait de le ramener sur
terre : " si tu veux, embrasse-moi, tu parles trop, dêh ! "
Las, ce qui devait arriver arrive, et voilà la belle Adjoua enceintée qui se
tourne vers la dame du marché. La première fois c'est 10000 francs, la moitié
la deuxième fois. Quant au père, le jeune Moussa, il se prépare à passer un
sale quart d'heure avec ses propres parents : non seulement il a enceinté une
roturière, mais le père de sa gazelle est journaliste à Calamité Matin. Un
mot de trop et c'en est fini de la réputation du patron de la Solibra.
D'ailleurs la réaction ne se fait pas attendre, autant de sa mère que de son
père : " Non seulement tu es vilain, mais en plus, tu trouves le moyen de
te reproduire (.) Fallait réfléchir avant de mettre ta petite chose
n'importe où ".
Ça pourrait être un drame, mais rien n'est vraiment grave à Yopougon, où on
arrive toujours à se féliciter des ½uvres du destin. L'enfant naîtra, sans
pour autant que l'histoire soit terminée.Marguerite Abouet est née à
Abidjan. Elle raconte, à travers les histoires d'Aya et de ses copines, une
Afrique pleine de vie et de couleurs, quand la joie se niche où on ne l'attend
pas. La langue est vive et enjouée, et les dessins rendent justice au dynamisme
de l'histoire faite d'une multitude d'épisodes enchevêtrés.
On s'amuse de bout en bout dans ce récit qui parle de choses sérieuses, et on
entend immédiatement sonner la musicalité des phrases. Ce premier album très
réussi, tout comme les deux autres qui le suivent, a toute sa place dans les
bacs, tant en collège qu'en lycée, surtout quand s'approchent les rigueurs de
l'hiver !
Kim Dong-Wa est un auteur reconnu de Sunjung (le manhwa coréen destiné
aux jeunes filles). Il livre ici une trilogie destinée à un public élargi,
mais sur laquelle flotte encore le parfum de romantisme propre au genre qui a
fait son succès. Les fleurs volent au vent et les regards sont souvent rêveurs.
Mais le propos est malgré tout féministe, brossant le tableau de la condition
féminine dans la Corée traditionnelle. La sincérité qui affleure désamorce
notre méfiance de lecteur adulte.
" Ce sont les souvenirs de nos mères
Du temps où elles avaient seize ans.
Voici le récit de leur histoire couleur terre. "
Ihwa a sept ans
quand commence le récit. Elle vit seule avec sa mère, la veuve Namwon, qui
tient une taverne où elle doit bien souvent opposer une dignité affable aux
propos salaces de ses clients. La relation entre la mère et la fille est très
forte, et l'une comme l'autre se confie volontiers. Namwon dit avec pudeur sa
solitude : " Ne dit-on pas que les papillons refusent de se poser sur
l'épaule d'une veuve ? C'est parce que sa solitude fait constamment souffler un
courant d'air froid. " Ihwa raconte ses découvertes, ses étonnements :
serait-elle malformée parce qu'elle n'a pas comme les garçons un piment entre
les jambes ? Les parents sont-ils comme les arbres, qui enfantent en se
regardant ? Les saisons passent, Ihwa grandit et dans son corps comme dans son
esprit affleure la femme en devenir. Avec les premières règles, les premiers
émois provoqués par Chung-Myoung, le jeune moine qui aime tant les lys dorés.
Puis par Sun-Woo, le fils aîné de la ferme fruitière, qui fait ses études à
la ville. Qu'est-ce qu'être amoureux, peut-on aimer plusieurs hommes à la fois
? Ces questions, Ihwa les retourne dans sa tête et elle les pose à sa mère,
qui a son avis de femme aussi.
A ces interrogations universelles se mêlent les traces d'une culture éloignée
de la notre. La femme qui aime a disposé les chaussures de l'étranger en forme
de message : une tournée vers l'extérieur pour le laisser libre de partir, une
vers l'intérieur pour le retenir. La vie dans les villages est délicatement
rendue par des intérieurs ou des plans d'ensemble soignés, tandis que les
personnages, épurés, occupent tout l'espace. Les codes du manga sont bien
présents ici, mais sous une forme fluide qui rend l'album lisible par tous. Une
poésie discrète se dégage de ce manhwa d'apprentissage, qui le destine aux
plus mûrs de collégiens et aux lycéens : " La femme a caché dans la
calebasse autant de rêves qu'il y a d'étoiles dans le ciel. Elle a enfoui dans
la calebasse son attente encore plus longue que le serpent. Elle a hissé la
calebasse au-dessus du toit, pareille à une immense lanterne. Ainsi la femme
attend le retour de son bien-aimé. "
Mise en ligne janvier 2008
Mise à jour 29 avril 2009