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Les coups de coeur de Caroline Vernay

Mai 2007

Caroline Vernay

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Mathis, Jean-Marc, Martin, Thierry. Le roman de Renart, 1. Delcourt, 2007. 9 ¤. 978-2-7560-0358-0.

Les adaptations en BD des classiques de la littérature foisonnent ces dernières années. Tant pis pour la créativité, tant mieux pour nos fonds quand elles sont de bonne tenue comme c'est le cas ici. On peut craindre que nos auteurs aient été saisis par la tentation de faire une série, cet album se présentant comme un tome 1, il est vrai néanmoins que les histoires du célèbre goupil sont nombreuses et qu'il y a donc matière à plusieurs volumes.
Chacun sait que Maître Renart est un fieffé coquin, et malheur à qui est plus bête que lui. Les sept histoires adaptées ici en font toutes la démonstration. On verra que Renart a une technique bien à lui pour se procurer des anguilles, et qu'il en profite, comme à son habitude, pour faire battre Ysengrin, son oncle le loup. On verra aussi que Tibert le chat est presque aussi roué que le rouquin, mais pas tout à fait quand même. Qu'Ysengrin garde par devers lui quelques beaux jambons qui feraient bien l'affaire de son neveu, et que Primaut le loup, gros et gras, n'est pas aussi idiot qu'il veut bien le faire croire.. On verra enfin, en guise d'épilogue, que les petits lapins du quartier, s'ils tiennent à leurs oreilles, ont grand intérêt à se méfier du rusé Renart.
Le volume laisse un peu sur sa faim, ne faisant vraiment qu'une petite incursion dans l'univers épique des habitants des sous-bois : on attendrait quelques histoires de plus. Mais l'adaptation est réussie, et l'album est très plaisant. Le texte est modernisé mais conserve l'esprit original, et passe très bien dans la forme dialoguée de la BD. Le principal intérêt de l'adaptation est dans la mise en images : dynamique et pleine de vivacité, à la fois très lisible et complète, l'ensemble est visuellement très réussi. La mise en couleurs, sobre et sensible, ajoute à l'harmonie de l'ensemble.
Tandis que Renart remercie la bêtise des hommes, qui est sans limite, les fables distillent leurs morales dont il n'est pas sûr qu'elles puissent toutes servir à l'édification des enfants. " A tout vouloir garder pour soi, on finit souvent par tout se faire prendre. " " Lorsque l'on joue la comédie, l'habit fait le moine ! "
Voilà donc une adaptation de qualité pour ces histoires qui font partie de notre patrimoine littéraire. A déposer sans hésitation dans les bacs à BD du collège, et pourquoi pas aussi au LP et au lycée.


Charles, Maryse, Charles, Jean-François. War and dreams, 1. La terre entre deux caps. Casterman, 2007. 12 ¤. 978-2-203-39228-1.

Trois destins se croisent dans ce premier tome, racontés par un narrateur dont on devine qu'il a un lien avec chacun d'eux. Trois hommes se retournent sur leur passé, bousculé par la deuxième guerre mondiale, et sur des rêves qu'ils poursuivent encore. Erwin l'Allemand a passé la guerre dans un blockhaus près du village entre les deux caps, à observer la Manche pour prévenir un débarquement allié. On devine son rêve dans les cheveux roux d'une jeune française étrangement silencieuse. L'Anglais a perdu une jambe en Libye au cours d'une lutte inégale avec les troupes de Rommel, avant d'entrer dans les services secrets. Quant à l'Américain, il est revenu au village avec son petit-fils, mais on ne connaît pas son histoire. Il pense mourir bientôt, et il veut transmettre quelque chose au jeune garçon, mais on ne sait rien de ce que fut sa guerre, ni de ce que demeurent ses rêves.
Le narrateur, un homme du village, est un vétéran lui aussi. Il raconte ses journées à une certaine Laure, et l'album s'achève sur ces mots adressés à une photo de femme : " Curieux, Laure, tous ces étrangers qui rappliquent en même temps ! (.) Je ne sais pas pourquoi, mais j'ai l'impression parfois, quand je les rencontre, de les avoir connus. Mais sans doute que je rêve trop. (.) Souvent, j'imagine qu'on pourrait tout recommencer. autrement. sans cette putain de guerre qui nous a laissé à tous des cicatrices. (.) Mais tu sais comme moi que ce n'est pas possible, Laure, que les erreurs du passé, même si elles nous instruisent, ne s'oublient jamais. "
Cet album porte la marque de Maryse et Jean-François Charles : douceur des traits, attention portée aux ambiances et aux décors, mise en couleurs riche et variée, prédilection pour les destins croisés et les amours impossibles. On suit avec intérêt ce premier tome qui entrouvre des portes et livre quelques clés, mais laisse bien des questions sans réponses. C'est le principe de la série, espérons que les tomes suivants tiendront les promesses du premier.
Un thème historique qui intéresse nos élèves, pour les meilleurs lecteurs au collège, en LP et en lycée.



Bravo, Emile, Chedru, Delphine. Une épatante aventure de Jules, 5. La question du père. Dargaud, 2006. 10 ¤. 2-205-05568-2
1. L'imparfait du futur
2. La réplique inattendue
3. Presque enterrés !
4. Un départ précipité

Revoilà Jules, Bidule son cochon d'Inde, sa calamiteuse famille et Janet son anglaise d'amoureuse. pour de nouvelles et toujours trépidantes aventures. Quand Jules fait quelque chose, c'est un principe, ça tourne forcément à l'épopée (en même temps, on n'est pas un personnage de bande dessinée pour rien.) Cette fois-ci, ça commence plutôt tranquille avec une innocente (?) après-midi buissonnière en compagnie de l'ami Joris. Mais pas de chance, Joris ayant décidé d'aller voir un vieux film (Moby Dick) à la place du cours de gym, la bobine prend feu tout à coup et la salle doit être évacuée. De toutes façons la prof avait fait l'appel et les deux compères sont envoyés illico chez le père supérieur qui, en concertation avec les parents, décide d'envoyer nos deux fantaisistes en stage de voile forcé avec le père Antoine. Tout le monde râle, Jules et Joris parce qu'ils n'ont pas envie d'y aller, leurs parents parce que c'est cher - mais on ne met pas ses enfants dans une école privée sans faire de sacrifices, et d'abord c'est ça ou rien.
Les deux garçons, dans un train pour le bord de mer, essaient d'imaginer ce qui les attend. Un père Antoine énorme, avec une peau blanche de déterré ? Ou bien sec avec le teint hâlé du marin et le regard sévère ? Ni l'un ni l'autre, et nos héros ne sont pas au bout de leurs surprises, quand le père Antoine les accueille avec un retentissant " give me five, les potes ! ", et les prévient qu'ils ne seront pas seuls au stage " Ha ! ha ! c'est qu'y a de la fille, les gars ! Ha ! ha ! " Ils embarquent néanmoins sur le Jonas II, malgré les recommandations du curé du village, qui s'est renseigné et craint le gros temps. " Qui regarde trop la météo reste au bistrot ", rétorque le père Antoine qui largue les amarres en répondant aux questions de Joris sur Dieu.
Nos héros se posent beaucoup de graves questions dans ce tome, surtout Jules qui se demande, suite à une sortie de chasse particulièrement calamiteuse, si son père est bien son père. Emile Bravo répond comme à son habitude à ces questions profondes par de gigantesques éclats de rire et des scènes purement loufoques. Il faut oser la scène d'adieux sur le quai de gare où le père de Jules, présenté au beau-père de Joris, lui demande sans sourire : " vous êtes un. Un rastaquouère, là ? C'est ça ? " Ou celle du départ pour la chasse où le père de Jules claironne à sa femme : " chérie, fais de la place dans le congélateur car ton homme rentrera la gibecière pleine. " " Avise-toi de ramener un seul animal mort et je fais chambre à part ! " répond-elle, convaincante.
Le sens de la dérision et du sarcasme qui caractérise Emile Bravo fait comme toujours merveille et on suit avec plaisir les aventures nécessairement étonnantes de Jules, qui par chance compte parmi ses amis les gens avisés que sont les extraterrestres. Une série à suivre en collège.

Mise en ligne janvier 2008

Mise à jour 29 avril 2009

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